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n°14 - Janvier 2022

 

La saulaie blanche et la grenouille rousse

 

Répertoriée comme habitat d’intérêt communautaire au titre de Natura 2000, la saulaie blanche est un habitat remarquable qui s'intègre dans l'écosystème de la ripisylve (ou végétation rivulaire). Parmi les espèces animales qui y vivent se trouve la grenouille rousse. En Haute-Garonne, le méandre de la Hierle fait figure de modèle dans la préservation de cette espèce.

 

À gauche : une saulaie blanche inondée (photo Mathieu Menand) ; à droite : une grenouille rousse adulte (photo Gilles Pottier)

 

Le saule blanc (Salix alba) est une espèce pionnière pouvant vivre une centaine d'année et mesurer jusqu'à 25 mètres de haut. Connectée à la nappe alluviale, la saulaie blanche constitue une strate herbacée composée d’espèces hygrophiles telles que la baldingère faux-roseau (Phalaris arundinacea), le roseau, l’iris jaune (Iris pseudacorus) et la laîche pendante (Carex pendula). Ce type de zone humide alluviale présente deux avantages : quantitatif et qualitatif. Elle stocke les eaux de crues, l'épure grâce à la ripisylve et enfin la restitue progressivement vers le cours d’eau.

Cet habitat est un refuge pour des animaux et végétaux, il est jugé comme «prioritaire» à l'échelle européenne car malheureusement sa présence régresse, même en bord de Garonne. Les principales menaces sont le manque de régénération naturelle, des pollutions d'origines diverses et par l'invasion d'espèces exotiques envahissantes (EEE). Si une forêt riveraine est soumise à d'importantes perturbations, une ripisylve peut évoluer vers la pousse non désirée d'érables negundo (Acer negundo) et de robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia), tous deux des EEE. En conséquence, toutes les saulaies blanches s'intègrent dans le dispositif de la directive «habitats» de 1992 comme d'habitat d'intérêt communautaire.

 

Le saule blanc préfère les sols frais et humides - photo Régis Mathon

 

Géré depuis 2009 par l'association Nature en Occitanie (NEO), le méandre de la Hierle (31) situé en Garonne de Piémont fait partie d'une zone spéciale de conservation (ZSC) Natura 2000 et d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I. Sur la rive droite, le site s'espace sur près de 9 hectares. Régulièrement inondée, cette zone est constituée de mares naturelles qui abritent des amphibiens qui font l'objet d'un suivi depuis 2016 : grenouille agile (Rana dalmatina), triton palmé (Lissotriton helveticus) et la grenouille rousse (Rana temporaria).


 

À l'âge adulte, la grenouille rousse peut mesurer en moyenne 5 à 10 cm. Elle appartient à la famille des Ranidae et certains individus peuvent arborer diverses colorations à l'exception du vert. Souvent confondue avec la grenouille agile, pour les distinguer, il faut écouter le chant et regarder la couleur des callosités nuptiales des mâles -uniquement observables pendant la période de reproduction-. Un batrachologue pourra confirmer les observations.  

Présente en Europe et en France sauf sur le pourtour méditerranéen, en Occitanie la grenouille rousse s'observe de façon ubiquiste en montagne entre 500 m et 2.500 mètres altitude dans des zones de landes, d'éboulis, etc. En plaine, son aire de répartition est mal connue du fait de la confusion avec la grenouille agile. Enfin, en basse altitude elle fréquente des milieux frais et humides telles que les forêts, les tourbières, etc. 

 

-> Carte interactive d'observations (par Biodiv'Occitanie) de la grenouile rousse en Occitanie


La grenouille rousse se nourrit essentiellement d'invertébrés. Les adultes sont prédatés par des mammifères (loutre, vison, Homme, etc.), des oiseaux (échassiers, rapaces) et des reptiles (couleuvre à collier et vipérine). Les larves sont, elles, consommées par des invertébrés aquatiques tels que le dytique bordé, le notonecte glauque, les odonates (libellules), etc. 

La reproduction se déroule entre décembre et janvier en basse altitude et entre mai et juin en zone de montagne. Précoce en plaine, cette caractéristique permet de faire la distinction entre les pontes des grenouilles rousses de celles des grenouilles agiles. Les pontes sont souvent très denses et immergées dans des eaux peu profondes et temporaires. 

 

En haut à gauche : un site de reproduction de grenouilles rousses ; en haut à droite et à en bas à gauche : des grappes de pontes ; en bas à droite : des têtards «âgés» de grenouilles rousses - Photos Gilles Pottier

 

Sur la Hierle, un premier inventaire réalisé en 2017 a mis au jour la présence de vingt pontes précoces de grenouilles rousses dans un seul point d'eau. L'année suivante, en 2018, quarante pontes ont été observées. En 2019, le site était inaccessible en raison d'un niveau des eaux élevé. En 2020, les chiffres étaient identiques à ceux de 2018. En 2021, cinquante-trois pontes étaient recensées dont certaines écloses. Néanmoins, cette prospection réalisée à la fin du mois de février n'avait pas permis de confirmer avec certitude que les œufs observés correspondaient à la grenouille rousse. Avec son microclimat frais et humide, l'écosystème de la Hierle parait propice à la présence et à la reproduction de l'espèce, rare en plaine. 

Le dérèglement climatique pèse sur sa survie, les habitats frais et humides dont dépendent les grenouilles rousses disparaissent progressivement. Cette espèce est partiellement protégée en France par l'article 4 de l'arrêté du 08 janvier 2021Cependant, la pêche est toujours autorisée ponctuellement. En effet, l’article 5 de ce même arrêté permet la dérogation aux interdictions de pêche pour une période de 3 ans, notamment à des fins de recherche et pour l’éducation (conditions prévues aux articles L411-2 et de R411-6 à R411-14 du Code de l'environnement). Par ailleurs, elle est protégée à l'échelle européenne avec (l'annexe V de) la directive «habitat» Natura 2000. Enfin, l'espèce ne représente pas une valeur patrimoniale particulière en Occitanie. 

 

-> Pour aller plus loin : la grenouille rousse avec Nature en Occitanie (NEO)

 

Saulaie en bord de Garonne en Nouvelle-Aquitaine

 

Située à proximité directe de la Réserve naturelle nationale de la frayère d'alose (RNNFA), une saulaie composée de saules blancs et d'une roselière devrait faire l'objet en 2022 d'un contrat Natura 2000 porté par l'agglomération d'Agen. Un diagnostic réalisé en 2020 par le Syndicat mixte d'études et d'aménagement de la Garonne (SMEAG) a révélé des enjeux écologiques intéressants avec Natura 2000 Garonne en Nouvelle-Aquitaine. Des actions de conservation de la ripisylve et de la roselière vont être menées avec des opérations de cerclage de ligneux invasifs comme l'érable negundo ou le robinier faux-acacia. En parallèle, l'installation de panneaux pédagogiques permettront de sensibiliser les promeneurs sur les actions de préservation pour sauvegarder la biodiversité du site.

 

 

À gauche : la roselière qui jouxte la Garonne ; en haut à droite : la saulaie à saule blanc et en bas à droite : la ripisylve en bord de Garonne - photos Claire Boscus et Mathieu Beaujard/SMEAG

 

 

Ripisylve : c’est une formation boisée, buissonnante et herbacée qui se développe au bord des cours d’eau et des plans d’eau. Elle est constituée d’espèces caractéristiques, en raison de la présence d’eau sur des périodes plus ou moins longues, comme les saules, les aulnes, etc.

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Le QUIZZ du mois

Connaissez-vous vraiment la saulaie blanche et la grenouille rousse ?