n°27 - Février 2023

BIENVENUE SUR LA VINGT-SEPTIÈME ÉDITION

DES JEUDIS NATURA 2000 GARONNE !

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Les colonies d'ardéidés du couloir garonnais

  

Pour cette 27ème édition, nous vous proposons de découvrir les Ardéidés, une famille d'oiseaux à forts enjeux sur le site Natura 2000 de la Garonne en Occitanie. L'édition complète de février 2021 consacrée à la présentation des deux Zones de Protections Spéciales (ZPS) présentes sur le couloir Garonnais.

Le suivi précis mis en place depuis 2007, confirme l’importance de mettre en place des actions de restauration et de préservation des milieux naturels dont les zones humides.L’animation Natura 2000 mise en place depuis 2018 sur le grand site est l’un des leviers d’actions mobilisé pour favoriser le retour de ces oiseaux avec par exemple des actions concrètes de plantations de ripisyles, la restauration de roselière et également la prise en compte des enjeux liés à ces espèces dans les projets d’aménagement.  


Un ardéidé ?

Les Ardeidae (ou ardéidés) sont une famille d’oiseaux faisant partie de l’ordre des Pelecaniformes. On les appelle aussi souvent « grand échassier », mais ils sont en fait plus proches des cormorans que des grues ou encore des flamants, qui eux aussi ont pourtant de « grandes échasses ». Il y a actuellement 68 espèces d’ardéidés connues dans le monde. En France, 13 espèces ont déjà été observées mais seules 9 espèces sont nicheuses. En région Occitanie, les 8 espèces reproductrices sont : le butor étoilé (Botaurus stellaris), le blongios nain (Ixobrychus minutus), le bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), le crabier chevelu (Ardeola ralloides), le héron garde-bœufs (Bubulcus ibis), l’aigrette garzette (Egretta garzetta), le héron cendré (Ardea cinerea) et le héron pourpré (Ardea purpurea). La grande aigrette (Ardea alba) fréquente bien la région mais n’y niche pas. 

 

Les ardéidés se caractérisent tous par leur long cou, leurs grandes pattes et leur long bec en forme de poignard. Ils sont piscivores, même s’ils leur arrivent, plus ou moins fréquemment selon les espèces, de consommer d’autres petits vertébrés : amphibiens, micromammifères, reptiles, voire parfois de jeunes oiseaux. Seul le héron garde-bœufs se différencie des autres par une alimentation habituelle en dehors des zones humides, ce dernier n’étant pas piscivore. 

 

Une autre particularité des ardéidés, qu’ils partagent avec de nombreux « oiseaux d’eau », est de nicher en colonie. En effet, lors de la période de reproduction, ils se rassemblent sur des sites isolés, à l’écart du dérangement, et établissent leur petit nid sur les branches des arbres et arbustes, se mêlant souvent entre espèces. Mais évidemment il y a des exceptions… Les hérons pourprés installent aussi leur colonie au sol, au cœur des roselières. Le butor et le blongios, en plus d’être les plus rares et menacés de leur famille, sont les seuls ardéidés non coloniaux. Il niche isolément dans la végétation palustre. Les méthodes pour suivre ces deux espèces ne sont donc pas les mêmes que pour les grégaires 

 

Ils sont tous protégés au niveau national et 6 sont inscrit à l’annexe I de la Directive Oiseaux européenne et sont donc des espèces « Natura 2000 »: le bihoreau gris, l’aigrette garzette, le crabier chevelu, le héron pourpré, le butor étoilé et le blongios nain. 

 

 

 

Aigrette garzette en parure nuptiale - J-P. THELLIEZ  

Un dispositif de suivi des colonies sur le couloir garonnais 

Les ardéidés coloniaux étaient en grande partie éteints en France au XIX siècle. Seul subsistait une colonie de hérons cendrés au début du siècle dernier. L’arrêt des destructions, grâce à la protection réglementaire des espèces et des zones humides, a été responsable d’un rétablissement progressif des populations. Sur le couloir garonnais, le suivi de colonies débute dans les années 80, sous l’impulsion de Pascal Roche, un ornithologue spécialiste de la Garonne. L’installation et l’augmentation numérique des différentes espèces sont attestées avec le héron garde-bœufs en 1992 et le retour du héron cendré en 1994. Le blongios nain, le héron pourpré, le bihoreau gris et l’aigrette garzette y nichaient déjà depuis au moins les années 70.

 

Depuis 2020, un suivi plus régulier et exhaustif des colonies est réalisé annuellement par Nature En Occitanie. Il a permis une évaluation à jour de l’état des populations de l’ensemble du couloir garonnais de la région (M. Bergès et G. Riou, Nature En Occitanie, 2021). 

 

Une diminution des effectifs depuis 14 ans, mais des signaux encourageants ces dernières années 

 

Les principales conclusions sont une diminution des effectifs pour la plupart des espèces en 14 ans (comparaison de 2007 à 2020).Le héron cendré semble être en légère augmentation. Les colonies qui étaient auparavant peu nombreuses mais très populeuses, ont eu tendance à s’éclater en plusieurs petits sites. Un phénomène que l’on retrouve également au niveau national. On compte aujourd’hui 17 colonies de hérons cendrés sur le couloir garonnais et sa périphérie (bande tampon de 10 km). Autre « bonne nouvelle » : l’arrivée du crabier chevelu. Malgré une présence régulière de l’espèce au printemps depuis 10 ans, la première reproduction certaine est enfin identifiée en 2020 sur le territoire. Chez le héron garde-bœufs, les variations d’effectifs peuvent être importantes d’une année sur l’autre. Sur la période considérée, on note une légère diminution du nombre de couples nicheurs. Le nombre de colonies connues est actuellement de 5. Cette diminution est nettement plus marquée chez les trois dernières espèces, qui ont perdu entre 60 et 80% de leurs effectifs en 15 ans : le héron pourpré (3 colonies, mais une seule renferme quasiment tous les individus), l’aigrette garzette (6 colonies) et le bihoreau gris (7 colonies). Le blongios nain est toujours resté rare mais malgré une pression ornithologique croissante, il est de moins en moins observé. Les dernières reproductions régulières de ce petit héron remontent au début des années 2000. 

 

 

 

Les causes de régressions

Au cours des 40 dernières années, les fluctuations ont été importantes tant au niveau des localisations des colonies que des effectifs par espèce. Le héron garde-bœufs et l’aigrette garzette sont favorisés par les changements climatiques au nord de leurs aires de répartition. Mais chez nous, les effets positifs ne sont pas/plus perceptibles.   

 

Les paramètres qui conditionnent l’état des populations sont nombreux. Les raisons essentielles nous paraissent être la quiétude et la stabilité des sites de reproduction ainsi que la qualité des habitats. Les colonies d’ardéidés sont des sites sensibles, très vulnérables au dérangement qui peut diminuer grandement le succès reproducteur des couples, voire faire fuir les adultes. De plus, la proximité avec des habitats d’alimentation influe également sur le nombre de jeunes produits. La localisation géographique des colonies montre d’ailleurs l’importance de la Garonne comme site de nourrissage, la plupart d’entre elles étant situées à moins de 2 km du fleuve. Cette régression des effectifs est notamment marquée sur les sites en ripisylve, ce qui a été en partie compensée par l’installation de nouvelles colonies sur des gravières. Le boisement des îlots après une ou deux décennies d’exploitation génère des habitats favorables à l’installation des espèces. Mais ceci pose un problème dans leur conservation.  

 

Les périmètres des sites Natura 2000 « Garonne » prenaient à l’origine en compte de nombreux sites de reproduction qui se retrouvent aujourd’hui souvent en dehors des périmètres (ZPS) pouvant faire l’objet d’aménagements non compatibles avec les enjeux écologiques.

 

Grâce aux suivis des bénévoles et des salariés des associations SSNTG et NEO, les connaissances actuelles des sites à enjeu accueillant des ardéidés sont relativement bonnes sur le couloir garonnais. La veille régulière des colonies de reproduction ainsi que des actions de protection et de sensibilisation sont aujourd’hui nécessaires pour permettre le maintien des principaux sites. La dynamique globale défavorable des populationsdoit nous inciter à la mise en place de mesures plus efficientes. D’autant plus que ce signal négatif identifié est vraisemblablement représentatif d’une dégradation de la qualité générale de nos zones humides. 

 

 Natura 2000, une politique opérationnelle en faveur des Ardéidés ! 

L’articulation des différentes politiques menées sur le territoire, dont l’animation Natura2000 mise en place depuis 2018 sur le couloir garonnais, permet de prendre en compte ces enjeux pour orienter les programmes d’actions favorables à ces espèces.  

 

L’exemple de la mise en place d’un contrat Natura 2000 sur la roselière de Rispou à Grisolles (82), opération présenté dans l'édition de février 2021,montre les types d’opérations pouvant être mis en place pour restaurer les habitats favorables pour ces oiseaux ; la fiche zones humides correspondante réalisée dans le cadre du SAGE Vallée de la Garonne (FICHE 14). 

La mise en place d’une politique zones humides cohérente à l’échelle de la Garonne via notamment le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) vallée de la Garonne approuvé en 2020 et les actions menées et accompagnées par les Cellules d’Assistance Technique Zones Humides (CATZH) et également les départements, contribuent également à la préservation de ces espèces. 

 

 

vue d'ensemble de la roselière restaurée de Rispou (juillet 2020)

Pour aller plus loin ;